Le Tamiflu ne stoppera pas l’épidémie mais la ralentira !

Publié le par Paul Bordy


Dès sa naissance, ses parents lui ont donné en second prénom , celui d’un oncle décédé de la grippe espagnole en 1918. Un présage ! Quelques années après, en 1947, jeune diplômé en sciences, il est affecté à l’Institut Pasteur dans le premier laboratoire de France à travailler sur la grippe.


Un virus que Claude Hannoun va traquer et étudier pendant cinquante ans. Dans un livre qu’il publie demain (la Grippe, ennemie intime), on comprend qu’à 83 ans, il reste l’un des plus grands experts de cette maladie, consulté encore aujourd’hui par les autorités sanitaires. Voici sa vision de l’épidémie qui s’annonce.


 

Que pensez-vous de cette épidémie de grippe A, la première du XXI e siècle ?
Avec 20 000 cas par semaine, on n’est qu’au début. Deux choses m’inquiètent particulièrement. D’abord, ces cas de pneumonies chez des personnes jeunes et en bonne santé qui en meurent. C’est près de 30 % des décès liés à la grippe A dans le monde. Et puis, normalement, la grippe disparaît entre juin et octobre. Cependant, lorsqu’elle est apparue le 24 avril, au Mexique, il faisait 30°C ! Je me demande ce que le virus  nous réserve pour cet hiver.


Cette grippe vous effraie-t-elle ?
Non, car il y a un facteur tout de même rassurant : il n’y a pas beaucoup de cas graves. En deux jours, les malades sont sur pied ! Le taux de mortalité n’est pas élevé. En 1918, avec la grippe espagnole, il était de 2 %. Là, il tourne autour de 0,2 %, soit deux fois plus que la grippe saisonnière qui fait entre 1 000 et 8 000 morts par an. Mais ce virus est très contagieux, il a envahi le monde en seulement 2 mois. La grippe de 1968 a tué 40 000 personnes en l’espace de 2 mois en France. Mais la France n’avait pas de vaccin.


Mais cette fois, les vaccins sont commandés !
Oui, mais si l’épidémie arrive avant eux, les vaccins ne serviront que pour la deuxième vague, c’est-à-dire l’automne 2010. Des tas de gens ne seront donc pas protégés cet hiver… Et puis, il faut 8 jours après l’injection pour être immunisé. Sans compter qu’il faut certainement 2 injections, avec 3 semaines d’intervalle. Donc, un vaccin effectué le 1er du mois n’est pas efficace avant le 1er du mois prochain…


Que faut-il faire en attendant ce vaccina ?
Gagner du temps. On peut ralentir le virus en se lavant les mains, en portant son masque lorsqu’on est malade, en évitant les lieux de rassemblement en pleine épidémie. Car il suffit d’une personne malade qui éternue au cinéma et c’est 300 personnes contaminées d’un coup. Et en prenant des antiviraux, le Tamiflu, en prévention.


Selon les autorités sanitaires, les médecins doivent réserver le Tamiflu aux cas graves
C’est dommage car le Tamiflu peut freiner l’épidémie. C’est un très bon médicament préventif. Par exemple, si vous avez été en contact avec une personne qui a la grippe A et qui a éternué près de vous, vous prenez du Tamiflu pendant 5 jours et vous êtes protégé à 95 %. Contrairement à ce que l’on dit, utilisé ainsi, en prévention, il n’y a pas de risques d’apparition de résistance. En curatif, il permet de réduire les complications, s’il est pris dans les douze heures maximum suivant la contamination.


D’après-vous, fermer des écoles comme c’est le cas en ce moment, est-ce une bonne solution ?
Biensûr, car les enfants ont une grande capacité à attraper et à diffuser l’épidémie. Sachant qu’une épidémie dure localement quatre semaines, dont dix jours critiques, arrêter ce chaînon-là, c’est utile. De même, comme cela a été fait en Argentine dans les villes en pic épidémique, c’est intéressant d’arrêter les spectacles et les cinémas. Car les particules projetées par le nez et la bouche restent dans l’air plusieurs heures et rentrent par les narines.

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