Quand le patient joue au docteur

Publié le par Paul Bordy

patient-docteurAujourd’hui, près de 14 millions de français vont à la pêche aux informations médicales sur le web, soit environ un tiers des internautes. Certains vont même jusqu’à y passer des heures, se constituant un véritable dossier médical. Quand ils arrivent chez leur médecin, autant dire qu’ils sont déjà prêt à dicter leur ordonnance, tant ils se font une idée précise sur le diagnostic. Comment réagissent les médecins ? Et ces recherches médicales sont-elles vraiment utiles ?

 

Qui aime jouer au docteur ?

 

Tout le monde s’intéresse à sa santé, mais ce sont surtout les jeunes femmes urbaines des milieux aisés qui marquent leur plus vif intérêt pour ces petites recherches clandestines. Les informations découvertes sur le web peuvent calmer leur anxiété et les aider à faire le point une fois en face à face avec leur médecin traitant. Mais cela peut avoir un effet inverse, ajoutant à la confusion un syndrome hypocondriaque. L’internaute s’imagine alors toutes sortes de maladies dont il ne souffre pas, juste parce qu’il croit en avoir reconnu la description des symptômes sur internet.

 

Fort heureusement, les recherches médicales ne se limitent pas aux maladies et aux alternatives thérapeutiques. Les internautes sont aussi très friands des thèmes plus légers tels que la nutrition et la forme physique. Les patients font également preuve de prudence en face de leur médecin traitant : plus d’un tiers n’évoquent que très rarement leurs recherches en ligne, de peur de vexer leur médecin, de remettre en cause sa légitimité ou de lui faire perdre du temps.

 

Les médecins craignent-ils de se faire voler la vedette ?

 

Pas vraiment. Souvent au cours de leur consultation, ils détectent l’intrusion d’Internet par le vocabulaire spécialisé utilisé par leur patient. Si certains professionnels restent réticents à un usage excessif d'Internet, certains y trouvent aussi des avantages. Car ce formidable outil d’apprentissage permet aux internautes d'augmenter leur savoir et leurs connaissances médicales, et cela peut dans certains cas faciliter le travail des médecins. Les patients savent plus facilement décrire leurs symptômes, formuler leur ressenti, mettre des mots sur leurs maux.

 

La recherche sur Internet s’avère particulièrement utile pour trouver une maladie rare, que les médecins ont peu rencontrée au cours de leur carrière. La relation médecin-patient s’approche alors d’une forme collaboratrice très constructive et bénéfique, comme l’a constaté le docteur André Deseur, du Conseil national de l'ordre des médecins. Le médecin aussi a un rôle à jouer dans cette collaboration : conseiller des sites dont il connaît le sérieux.

 

Comment rendre utiles ses recherches sur internet ?

 

Les internautes aiment échanger les informations trouvées sur Internet. Beaucoup de patients se fient donc aux blogs et aux forums de discussion, en plus des milliers de sites plus ou moins médicaux. C’est l’un de problèmes majeurs d’Internet : on y trouve tout et n’importe quoi. Même si les internautes accordent peu de crédibilité à Internet, certains se croient au final très renseignés, alors qu’en réalité ils sont mal renseignés à cause de sources peu fiables.

 

Les médecins ont donc compris l’intérêt de leur apprendre à mieux cadrer leurs sources d'information. Cette éducation commence par la façon de rechercher l’information : au lieu de taper des noms de maladies sur les moteurs de recherche, il est préférable de consulter d'emblée les sites de santé qui font référence.

 

C’est ainsi que depuis 2007, la Haute Autorité de Santé recommande à tous les apprentis patients le site de la fondation Health on the Net (HON), chargée de promouvoir et de mettre à disposition de l'information en ligne sur la santé et la médecine. Le logo de la HON est aussi devenu un label aujourd’hui présent sur plus de 800 sites français de santé. Un label qui garantit l'engagement de l'éditeur du site à citer les sources médicales et à bien séparer son contenu informationnel de la publicité.

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